Pierre Mac Orlan (1882-1970)

Marie-Claude Brun

 


Né à Péronne dans la Somme le 26 février 1882, Pierre Dumarchey ne s’appelle pas encore Mac Orlan. Il deviendra plus tard un écrivain français qui se révèlera prolixe et complet. Auteur de romans et nouvelles, d’essais, mémoires et reportages, de poésie et chansons servies par Marguerite Moreno, Catherine Sauvage, Juliette Greco et bien d’autres encore. La chanson de Margareth et La fille de Londres sont les plus connues. N’oublions pas qu’il s’essaya aussi dans la littérature érotique (La comtesse au fouet, Les grandes flagellées de l’histoire !).


Son enfance fut chaotique et difficile à cerner car il en a peu parlé. Entre un père militaire et une mère qu’il perd en 1889, avec son frère cadet Jean, ils deviennent pupilles à la garde d’un oncle maternel, Hippolyte Ferrand professeur d’histoire qui deviendra inspecteur d’académie à Orléans. Les relations entre l’oncle et ses neveux ne furent pas sans heurts, néanmoins à la fin de sa vie Mac Orlan évoquera cet homme d’une surprenante culture littéraire dont il se sentira enfin proche.


A l’en croire, ses études au lycée d’Orléans ne furent pas brillantes mais l’influence de son tuteur certainement déterminante dans la formation de ses goûts littéraires. Adolescent il avait deux passions Aristide Bruant qu’il rencontrera plus tard à Montmartre et le rugby à XV qu’il pratiqua et auquel il consacra un essai. Il restera toujours attaché à ce sport et en 1967, les joueurs de l’équipe de France lui offrirent un ballon dédicacé. Trois ans plus tard il sera enterré avec.
Parti à Rouen pour l’Ecole Normale d’Instituteurs, il étudia durant l’année scolaire 1898-1899 mais, seulement âgé de dix sept ans il part à Paris.


La bohème à Montmartre et à Rouen


Il retrouve son frère Jean. Livré à lui-même, il fréquente le cabaret  Le Zut  prisé par les anarchistes et où il fit probablement la connaissance de Frédéric Gérard futur patron du Lapin Agile. Il envisageait de devenir peintre à la manière de Toulouse Lautrec qu’il admirait. « J’aimais la peinture et les arts en général, non pas tant pour la somme d’émotions qu’ils pouvaient me procurer que pour la situation sociale indépendante qu’ils offraient à ceux qui les pratiquaient. » Il peignit à cette époque quelques tableaux à sujets sportifs qui depuis ont été perdus, sans parvenir à vivre de son pinceau. Il devint teneur de copie dans une imprimerie parisienne avant de retourner à Rouen vers 1900 où il exerça la même activité pour le  Petit Rouennais.

Rue de l’Epicerie à  Rouen  - 1898

Pizzaro

 


En ces débuts du vingtième siècle il fit des séjours entre Paris et Rouen dont il donna des versions différentes dans ses récits ultérieurs. Ce qui est certain c’est que cette époque fut une période de vaches maigres. Il retourna à Montmartre en 1901 fréquenta  Le Lapin Agile, retrouva ses compagnons, se lia d’amitié avec André Salmon et Guillaume Apollinaire. Il vit d’expédients et de petits boulots avant de faire son service militaire.

Le Lapin Agile à Montmartre


La naissance du nom de Mac Orlan


En 1905 il illustre le roman écrit par un de ses amis rouennais Monsieur Homais voyage de Robert Duquesne. Les dessins sont signés pour la première fois de Pierre Mac Orlan. Il expliquera ensuite qu’il a choisi ce pseudonyme en hommage à une improbable grand’mère écossaise. Plus probablement le nom a été forgé à partir du nom d’Orléans où il fit ses études secondaires.

 

Le lapin Agile - 1930

Utrillo

 


En 1905 il fait la connaissance de Maurice de Vlaminck.


Il voyage de 1905  à 1910 où après un séjour en Angleterre il est engagé par une mystérieuse femme de lettres qui en fait son secrétaire particulier avec laquelle il part en Italie, Naples et Palerme, puis en Belgique à Bruges où il rencontre Théo Varlet, traducteur de Stevenson et surtout de Kipling dont il lui fait découvrir La lumière qui s’éteint et La chanson de Mandalay, deux œuvres qui le bouleverseront et qu’il évoquera souvent dans ses livres à venir.


Après un bref séjour à Marseille en 1907 et séparé de la femme anglaise pour une raison restée inconnue, il revient au Lapin Agile où il courtise Marguerite Luc, fille de la maîtresse de Frédé, gérant du cabaret. Il y rencontre Picasso et Max Jacob. Ses moyens de subsistance sont toujours précaires. Il tente de gagner sa vie en vendant des chansons qu’il compose, des ouvrages à caractère érotique et ses œuvres picturales ! Désargenté, il vit un temps chez son père, le quitte pour des logements parfois précaires comme celui qu’il occupa un hiver au Bateau-Lavoir. Il tente de placer des dessins humoristiques dans la revue le Rire dirigée par Gus Bofa à qui il fut présenté par Roland Dorgelès. Bofa n’aima guère le trait de Mac Orlan. Par contre il apprécia les légendes qui l’accompagnaient. Il lui proposa de rédiger des petits contes qu’il se proposait de publier dans sa revue. Cette rencontre décida de la vocation d’écrivain de Mac Orlan et elle marqua un début d’amitié entre les deux hommes qui se poursuivra jusqu’à la mort de Gus Bofa en 1968.A partir de 1910 il publie de nombreuses nouvelles humoristiques réunies dans les recueils Les Pattes en l’air, Les contes de la pipe en terre et Les bourreurs de crânes. Il se lance dans la bande dessinée avec les péripéties de Frip et Bob, devenant ainsi le premier auteur de BD phylactérienne française, a-t-on écrit ! Sa situation sociale s’améliorant sensiblement en 1912, il publie son premier roman humoristique la maison du retour écœurant.


Le Bateau-Lavoir

 


L’année suivante il épouse Marguerite Luc. Il écrit Le rire jaune  qui révèle une vision dramatique, parfois prophétique de l’avenir proche. Publié au printemps 1914, ce roman passa à peu près inaperçu; trois mois plus tard la guerre était déclarée.


La guerre  1914-1918


C’est à Brest où il était en villégiature avec sa femme, les peintres Maurice Asselin, Jacques Vaillant qu’il apprend que la guerre contre l’Allemagne est déclarée. Mobilisé en août 1914 il rejoint le 69e d’infanterie, à Toul. Il est blessé en septembre 1916 près de Péronne à quelques kilomètres de son lieu de naissance.

Mac Orlan revient à la vie civile décoré de la Croix de Guerre. Il retiendra de cette expérience du front un souvenir intense et ambigu, fascination et dégoût pour cette époque où plusieurs millions d’hommes furent transformés, firent cent fois le sacrifice de leur vie, de leurs affections, de ce qu’ils avaient été.


L’écrivain et grand reporter


Les années d’après guerre sont fastes pour Mac Orlan; sa réputation littéraire grandit grâce à la publication de romans tels que Le Nègre Léonard et Maître Jean Mullin (1920), La Cavalière Elsa (1921), Marguerite de la Nuit (1924), Les clients du Bon Chien jaune (1926), Le Quai des Brumes (1927), La Bandera (1931) etc…


Il est recruté par Pierre Lazareff en qualité de grand reporter. Il se rend en Allemagne où il retourne jusqu’en 1937; il est un observateur lucide de la dégradation de la situation et de la montée de l’Hitlérisme.


En Tunisie, il fait des reportages sur la Légion Etrangère. En Angleterre il peut étudier les méthodes de Scotland-Yard à la suite d’un sordide fait divers. En Italie il fait une interview de Mussolini. De ces reportages, Mac Orlan trouvera la matière de plusieurs romans.


Après le décès de son frère Jean, plus rien ne le retient au nom de Dumarchey.


Saint Cyr sur Morin


Cette maison achetée en 1913 par Berthe Luc, la mère de Marguerite sert de maison de campagne l’été car ils habitent rue Ranelagh à Paris, mais c’est 1924 qu’ils s’y installent définitivement.


C’est de 1948 à 1958 qu’il écrit des paroles de chansons. Il reste à l’écoute des innovations techniques de son époque : il a compris l’importance que prenaient le cinéma et le phonographe. Il s’intéresse également à la radio pour laquelle il écrit des chroniques et participe à des émissions.

Maison de Pierre Mac Orlan

 


A  la mort de sa femme en 1963, il ne sort plus guère de sa maison, il reçoit des visites, dont Georges Brassens qui aura ce joli mot : « Il donne des souvenirs à ceux qui n’en ont pas. ». Il prend quelquefois son accordéon et chante des chansons qu’il a écrites depuis 1950.

 


Il paraît pauvre car il vit chichement, en réalité, grâce aux droits d’auteur qu’il perçoit pour ses livres et surtout ses chansons, il est à l’abri du besoin. Il meurt le 27 juin 1970 et il est inhumé au cimetière de Saint Cyr sur Morin.



Mac Orlan et les animaux


Tout le monde cynophile connaît cette phrase si juste qu’il prononça : « Les chiens me semblent très différents selon leur race : le bouledogue, le petit Bouledogue Français est un chien si l’on veut, c’est plutôt ce qu’on appelle quelqu’un. »


Il a eu en même temps un Fox Friquette, la bouledogue Nana, le Bleu d’Auvergne Nicolas  et même un chat, dont nous ignorons le nom,  qui rejoint la petite troupe.


Si nous connaissons l’oeuvre, la vie de Mac Orlan  personne n’a parlé de sa vie avec des animaux. Pourtant, toutes les photographies qui lui sont consacrées dans sa propre maison le montre entouré de chiens, chats, et même un perroquet. Nul doute que toutes sortes d’animaux ont trouvé un port d’attache chez cet ancien bourlingueur.


De même sa préférée fut Nana dont il vit tout de suite le caractère attachant et bien différent des autres chiens qui partagèrent sa vie. On voit sur ces photos tout l’attachement qu’ils avaient l’un pour l’autre. Disparue, elle fut enterrée au cimetière des chiens à Paris.


Mac Orlan qui avait aimé la photographie et dont il disait  : «  La puissance de la photographie, c’est de créer la mort subite et de prêter aux objets et aux êtres ce mystère populaire qui donne à la mort son pouvoir romanesque. » Il se fit souvent photographier sans oublier Nana dans ses bras.

 

Pierre Mac Orlan et Nana

dépôt de l'Association des Amis de Mac Orlan au Musée de la Seine et Marne

 


Solitaire à la fin de sa vie dans sa maison de St Cyr, recevant ses amis Roland Dorgelès, Francis Carco, plus tard Georges Brassens  et Jean Pierre Chabrol, la campagne et ses animaux lui créaient un petit cocon où il devait se sentir  bien.


Finalement, Georges Brassens disait de Mac Orlan : «Il donne des souvenirs à ceux qui n’en ont pas». C’est une bonne description générale de l’œuvre de cet homme qui eut une vie bien remplie de voyages, à l’inspiration fertile, féconde et qui nous laisse une œuvre importante.


Vous pouvez visiter le Musée de la Seine et Marne 17 avenue de la Ferté sous Jouarre 77750 St Cyr sur Morin vous entrerez  ainsi dans l’intimité de Mac Orlan dans la maison où il vécut  longtemps avec ses animaux et les amis qui venaient le visiter.


Renseignements au : 01 60 24 46 00



30/01/2013
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